Début février 1954 fut sibérien !

Le port de Dunkerque pris dans la banquise au début du mois de février ! Photo extraite du livre "Quel temps !" - Guillaume Séchet
Une vague de froid particulièrement intense pour début février
L’hiver 1954 est le plus froid depuis la guerre. Dans la mémoire collective, c'est l'hiver de l’Abbé Pierre. De nombreux sans-abri souffrent de ce froid intense.
La première vague de froid et de neige frappe le Nord et le Nord-Est du 1er au 9 janvier 1954. Celle du 22 janvier au 7 février 1954 est plus intense et généralisée, touchant toute la France. Les principaux cours d’eau gèlent, dont le Rhône à Arles. Une banquise de 7 hectares bloque l’avant-port de Dunkerque. L’embouchure de la Canche est gelée, piégeant les bateaux de pêche d’Etaples.
Le froid polaire atteint son apogée entre le 31 janvier et le 2 février, avec des vents violents rendant les conditions atmosphériques difficiles. On relève des températures glaciales de -25°C à Luxeuil-les-Bains, -21°C à Mulhouse, -17°C à Nancy, -16°C à Reims et -13°C à Paris. Le ressenti au vent est plus rude, entre -25 et -40 (notamment lorsqu'un mistral très violent et glacial à plus de 130 km/h déboule en vallée du Rhône dans la journée du 1er février alors qu'il fait en-dessous de -10°C au thermomètre..). Ne parlons même pas des vents encore plus violents avec des températures de - 25°C en montagne !

Vague de froid de début février 1954 : A Lyon, le lac gelé du parc de la Tête d'Or devient le lieu privilégié des patineurs. - document copyright © Meteo-Villes
L'hiver de l'Abbé Pierre
La tragédie frappe à 30 km de Paris, au camp de Pomponne, où plusieurs bébés, dont un de trois jours, meurent dans des roulottes ou des carcasses de voitures. Cet événement suscite l’indignation et l’émoi, mettant en lumière le manque de logements décents.
Le gouvernement refusait d’accorder des crédits pour des cités d’urgence, la reconstruction de l’après-guerre étant prioritaire. Face à cette situation, les secours pour les sans-abri se sont rapidement organisés. En Île-de-France, des centaines de personnes ont trouvé refuge grâce à l’appel de l’Abbé Pierre sur Radio-Luxembourg. Avec ses 200 compagnons d’Emmaüs, ils ont ouvert 40 refuges en quatre jours.
L’Abbé Pierre, figure emblématique de cette mobilisation, recueille plus de 150 millions de dons à l’hôtel Rochester à Paris. Des milliers de couvertures, des appareils de chauffage catalytique, des poêles à mazout, des matelas, des lits et des jouets sont collectés. Des repas chauds sont distribués. La préfecture de police de Paris met à disposition des sans-abri les hôpitaux, les locaux des commissariats et certaines stations de métro. Seuls quelques irréductibles refusent toute aide. En remerciement pour l’aide française lors des inondations de l’année précédente, la Croix-Rouge Néerlandaise envoie 250 couvertures. M. René Coty fait un don à la Croix-Rouge internationale. Le ministère de la Santé publique accorde une subvention exceptionnelle de 4 millions aux œuvres d’hébergement des sans-abri. Les bidonvilles disparaîtront à la fin des années 1960, mais le problème des sans-abri (SDF) persiste. De nombreux « vieillards » souffrent du froid et de congestions. Les intoxications au dioxyde de carbone dues à des chauffages défectueux sont fréquentes.

Début février 1954 : Le canal Saint-Martin gèle à Paris - meteo-paris.com
Perpignan sous 85 cm de neige !!
À Paris et en banlieue, la forte demande de chauffage baisse la pression du gaz, privant certains foyers de combustible. Le mazout et le fuel, difficiles à manipuler et à transvaser à cause du gel, s’épaississent s’ils ne gèlent pas. Les Halles manquent de fruits et légumes : les endives sont introuvables et les pommes de terre rares. À Nancy, un marchand de vin en gros découvre que ses 200 hectolitres ont gelé et doit les ramasser à la pelle. Malgré ces difficultés, la glace de l’étang du Bois de Boulogne, épaisse de plus de 15 cm, permet le patinage, attirant des milliers de personnes de tous horizons. L’ambiance y est conviviale, contrairement au début du siècle. Cependant, la mort de 21 enfants par noyades en Angleterre rappelle les dangers du patinage sur les étangs.

7 février 1954 : Perpignan est ensevelie sous 80 cm à 1 m de neige !! - document copyright © Meteo-Villes
Les 5 et 6 février 1954, une tempête de neige exceptionnelle frappe le Languedoc-Roussillon et la Basse vallée du Rhône. Perpignan est ensevelie sous 85 cm de neige, bloquant la circulation. Des tranchées sont creusées pour les piétons. L’effondrement de 28 maisons cause des dommages matériels importants, estimés à des centaines de millions de francs. Le garage des trams est le premier touché, endommageant gravement les véhicules. Trois autres garages perpignanais et le bâtiment des halles centrales subissent le même sort. Des chutes de neige importantes sont aussi enregistrées à Carcassonne, aux Saintes-Maries-de-la-Mer et à Montpellier. La région est isolée, et le mistral et la tramontane forment de grandes congères. Des bulldozers dégagent les routes principales. Dans le Sud, où la neige est rare, cet événement est accueilli avec enthousiasme par les enfants et souvent par les adultes.
Dans l’Est, le froid intense pousse loups et sangliers à quitter leur habitat naturel pour chercher de la nourriture, les rapprochant des zones urbaines.
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Auteur : Guillaume Séchet

